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Urgences

À propos de Paroles d’internes – Témoignages recueillis du 17 mars au 25 avril 2020 (Éditions Anne Carrière, 2020)

Voici un livre préparé dans une démarche familière aux lecteurs des récits de la coopérative Dire Le Travail : interroger les professionnel·les sur leur activité, pour mettre en forme leurs paroles et l’éditer. Mais le contexte est ici très singulier, et le projet de collecte de ces récits était ambitieux. Il a fallu tenir le rythme soutenu de l’ordre d’un entretien par jour, en sollicitant des personnels très sollicités par l’actualité : des médecins internes, donc encore dans une étape de découverte du métier, dans la grande bascule entre les savoirs magistraux assimilés dans les premières années d’études et la réalité concrètes des pratiques soignantes ; un statut qui les affecte le plus souvent dans des postes très exposés, et donc en première ligne face à la vague épidémique de ce printemps 2020. Défi relevé, dans une urgence partagée en l’occurrence par l’éditeur, et le résultat est passionnant.

La lecture de la trentaine de témoignages recueillis ne donne jamais le sentiment de répétition, même si la grille de questionnement a manifestement été similaire, parce que chaque parole est singulière : chacun parle de son contexte, de son parcours propre, et même de sa perception particulière de l’épidémie. Certains estiment la mobilisation générale décrétée par les pouvoirs publics et les mesures de confinement tout à fait appropriées, d’autres disproportionnées, mais ces expressions divergentes sont toujours intéressantes dans la mesure où le lecteur comprend que c’est aussi ces convictions qui portent le travail des uns et des autres, qui soutiennent les professionnels face à l’épreuve. Et au-delà de l’unanimisme pour remercier les soignants, il y a là des controverses essentielles à entretenir, entre soignants, mais aussi entre soignants et usagers des services de soins.

Les récits ont été collectés dès le début de l’épidémie, et sont donc tout à fait datés. Ils en sont d’autant plus intéressants, puisque le lecteur suit ainsi le déroulement des évènements au travers de la parole des professionnel·les. Au-delà de la diversité des situations géographiques, il y a donc une unité dans la progression chronologique qui incite le lecteur à enchainer les témoignages, même brefs.

On aimerait parfois en savoir davantage sur le contenu de l’activité, sur les dilemmes auxquels ces professionnels ont été confrontés. Sans doute que la brièveté de certains entretiens n’a pas permis d’approfondir certains points. Pour un prochain livre, moins dans l’urgence ?

La propension à écouter les professionnels a été un trait marquant du traitement médiatique du confinement et de l’épidémie. Ce livre, rapidement, mais très correctement édité, en témoigne à son tour.

Patrice Bride

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