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Dire le travail, mais encore ?

Le 15 octobre, une vingtaine de personnes se sont réunies à l'initiative de la coopérative : une journée pour cultiver l’art et la manière de mettre le travail en mots.

Commencer par pratiquer, en écrivant ou en parlant, c’est bien le moins pour une journée de la coopérative. Les participants s’y sont appliqués, autour d’une consigne un peu déroutante de prime abord, mais qui fonctionne parce qu’elle leur parle, et alors les fait parler : « La fois où j’ai triché au travail… » Quelques instants de cogitations, pour faire une liste. Puis on partage, ce qui est venu. Puis chacun choisit une situation, et raconte. Vous avez 20 minutes. Pour les uns, par écrit, avec une attention particulière au choix du narrateur : première, deuxième ou troisième personne du singulier ? Qu’est-ce que ça change ? Pour les autres, en s’enregistrant mutuellement, pour confier son propos à son vis-à-vis par le truchement de l’appareil.

Tout le monde s’est retrouvé pour écouter les textes rédigés, avec attention, émotions même. Le temps nous échappe, et nous prive de l’écoute de tous les enregistrements. On y reviendra.

La première table ronde de l’après-midi réunissait trois intervenants : Julien Lusson, pour les Ateliers Travail et démocratie, Christine Castejon pour le « collectif éphémère » Étonnants travailleurs, et Patrice Bride pour la coopérative Dire Le Travail. Trois initiatives contemporaines, émergentes, fragiles, portées par une même préoccupation : donner à voir le travail, le travail vivant, celui qui va tellement de soi quand on le fait ou quand on en profite qu’il en est invisible. Le travail qui n’est pas l’emploi, et qui est maltraité quand des codes ou des lois traitent de la question des RTT, du chômage ou de la retraite en oubliant de considérer ce que représente l’activité pour les personnes concernées.

Chacune des structures présentes le fait à sa façon : dans un format associatif, ou bien entrepreneurial ; en recourant à l’expression directe des personnes elles-mêmes sur leur activité, ou encore à la médiation par des dispositifs de collecte et de mise en récits ; dans une logique d’enquête, de mise en discussion ou de formation ; en diffusant des productions dans l’espace public, lors d’événements, de tribunes ou de publication.

Une analogie a été proposée avec les mouvements antiracistes ou féministes : non pas tant des démarches politiques au sens étroit du terme, avec une plate-forme programmatique, des références idéologiques précises, que des initiatives culturelles, recherchant une transformation des regards sur le travail, passant par une floraison d’activités, un large éventail de modalités d’intervention dans l’espace public.

La deuxième table ronde a donné l’occasion de présenter trois projets en cours de la coopérative, chacun raconté par un binôme : deux auteurs pour présenter le livre Surtout ne fermez pas la porte en sortant (titre provisoire) ; deux coopérateurs ayant accompagné une équipe d’auteurs à l’écriture pour Aux côtés des familles ; deux coopératrices ayant collecté des récits d’apprentis pour la série Vies de chantier. Qui écrit ? Pourquoi ? Comment ? Les livres Vies de chantier ont été largement distribués dans le réseau de CFA du BTP. Ils ont été lus et appréciés par les apprentis, ce qui est bien encourageant ! Des récits de pratiques d’enseignement à partir des livres ont été collectés, pour diffusion dans le réseau. Nous espérons un tel destin pour Aux côtés des familles (à paraitre très prochainement), qui a l’ambition de faire discuter du travail quotidien des professionnels de l’aide sociale à l’enfance, sans sensationnalisme. Surtout ne fermez pas la porte en sortant est encore en cours d’écriture, mais a déjà rempli cette vertu : permettre à ses auteurs de poser des mots sur une épreuve, leur travail ravagé par des pratiques de management délétères.

Longue journée, et nous n’étions plus que quelques-uns pour la dernière heure, consacrée à la lecture de textes. Nous avons écouté tout de même, avec plaisir, de belles pages de récits de travail. Avec l’envie, en repartant, d’en écrire d’autres.

Paroles entendues…

Après les ateliers de pratique

« La possibilité d’un feed-back produit la dimension réflexive du récit. »

« Il y a de l’intérêt à se donner un temps, devant la feuille blanche ou devant un micro. »

« Tout écrit a un lecteur. »

« J’avais déjà raconté ce moment. Je ne savais pas qu’il prendrait cette forme. — En apprends-tu quelque chose ? — J’ai accepté de voir comment j’étais troublée. »

Les tables rondes

« Il faudrait qu’on ne puisse plus parler de l’emploi sans parler du travail. »

« La société à venir se joue dans le travail invisible actuel. »

« L’activité, c’est faire des choix. Je voulais accéder à ce moment où l’on se met en jeu soi-même. »

« La parole sur son travail est un outil de reconstruction du collectif. »

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