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Dire Le Travail de festivaliers

Récits publiés pendant le festival Contre-courant à Avignon du 15 au 20 juillet 2018

Ces textes ont été collectés auprès de personnes participant au festival Contre-Courant, organisé par la CCAS (Caisse Centrale des Activités Sociales du personnel des Industries Électriques et Gazières) en Avignon, du 15 au 20 juillet 2018. À l’heure de l’apéro sur l’ile de la Barthelasse, Christine Depigny-Huet et Jacques Viers, de la Coopérative Dire Le Travail, les ont sollicitées en leur demandant : « Vous faites quoi dans la vie ? »

Certains sont électriciens ou gaziers, d’autres pas, mais tous avaient des choses à dire sur leur travail. Leurs propos ont été recueillis, mis en récit et publiés au jour le jour, pendant le festival, dans le cadre du projet PARLE (Pratiques Amateures en Relation avec la Lecture et l’Écriture, projet culturel de la CCAS). Ils ont été relus à distance par Pierre Madiot de la coopérative, et validés avec les narrateurs. Serge, de la CMCAS d’Avignon, a apporté une aide précieuse pour « recruter » les narrateurs et publier leurs récits.

Jour 1 : Présentation du projet aux festivaliers

« Quelle drôle d’idée de parler boulot en vacances !
Deux intervenants vous invitent à raconter votre travail »

Ouvrier agricole, travailleur saisonnier, agent territorial, ingénieur, chauffeur de taxi, infirmière… électricien ou gazier, tout un chacun a « quelque chose à dire » ou à montrer de son travail, de sa recherche d’emploi, de ses activités bénévoles, de ce qu’il y met de lui pour effectuer ce qu’il y a à faire. Au-delà de la description du métier, de la fonction, d’une tâche, le récit de leur accomplissement révèle l’engagement d’une personne dans son activité, ce qu’elle y met d’elle, avec les autres, pour que « ça fonctionne ». Fondée en 2015, la coopérative Dire Le Travail œuvre à favoriser l’expression par les travailleurs eux-mêmes de leur vécu professionnel, ainsi que sa diffusion sur toutes formes de supports. Aujourd’hui, la coopérative s’adresse aux festivaliers de contre-courant en leur demandant « Vous faites quoi dans la vie ? » Deux intervenants sont présents pour recueillir vos témoignages, les mettre en récit écrit avec vous et en publier de courts extraits dans le journal quotidien du festival.

Retrouvez les publications de la coopérative sur son site, notamment les récits de travail de cheminots publiés depuis le 1er mai.

Jour 2 : publication du récit de Françoise

« Activités techniques et sociales,
je tiens à faire les deux »

Je suis spécialisée dans le déplacement du réseau 20 000 volts, le réseau à trois fils qui relie les postes de distribution. Je traite aussi bien des déplacements d’ouvrage en ville qu’en campagne. Quand des collectivités locales, voire des particuliers, veulent déplacer un ouvrage électrique existant, je conçois la solution technique en fonction de leur demande, j’envoie le devis et ensuite les techniciens prennent le relai. Ce sont des projets qui peuvent parfois prendre plusieurs années. J’aime bien la diversité de mon travail, échanger avec des clients différents, traiter les questions juridiques, même si j’ai une formation technique au départ. Avec les collègues, ça se passe plutôt bien, surtout avec les techniciens des travaux. Mais chaque service a ses objectifs et je dois quelquefois savoir user de diplomatie. Ma hiérarchie est à Aix, elle me fait confiance et j’ai beaucoup d’autonomie. Je vis à un kilomètre de mon travail, il faudrait que je parte à Aix pour progresser, mais je n’ai pas envie de quitter Avignon. Je me suis investie dans les activités sociales, c’est une autre dimension de mon activité qui me plait beaucoup. Je termine souvent tard parce que je tiens à mener les deux activités de front.

Jour 3 : publication du récit d’Éric

« Le temps passé au volant,
c’est du temps perdu pour les personnes âgées. »

Certaines personnes âgées ne voient que moi de toute la journée, quand je leur livre leur repas de la part du Centre Communal d’Action Sociale, « le » CCAS et non « la » CCAS. Même si je ne reste que cinq à dix minutes, c’est énorme pour elles. On parle, je leur demande comment elles vont, elles me racontent leurs petits problèmes de tous les jours, « j’ai trop chaud », « il fait froid »… Quand je range les barquettes dans leur frigo, je jette un œil pour vérifier qu’elles ont mangé la veille. Je livre une cinquantaine de repas tous les matins, entre 7 heures et midi, et les repas du weekend le vendredi après-midi. Pour ma tournée, je fais une trentaine de kilomètres dans le centre-ville d’Avignon avec mon véhicule réfrigéré, et je monte une quarantaine d’étages. C’est mon sport du matin. Mais pendant le festival, la circulation est affreuse. Comme il faut que tout le monde soit servi avant midi, je n’ai plus trop le temps de communiquer avec les personnes. J’avoue que je fais un peu le « livreur de pizza », je donne le repas et je m’en vais. Le temps que je passe au volant, c’est du temps perdu pour les personnes âgées.

Jour 4 : publication du récit de Didier

« J’aime bouger, les journées passent plus vite »

Je travaille en équipe avec mon collègue, le même depuis des années. Je fais des branchements électriques pour alimenter les maisons à partir du réseau. Mon entreprise travaille exclusivement pour ENEDIS. Je peux faire toutes sortes de branchements. Je peux même travailler sous tension, c’est à dire au contact du courant. Je suis habilité pour cela, parce que j’ai fait une formation à l’école EDF de Sainte Tulle. Quelquefois les clients nous prennent pour EDF, surtout s’ils sont mécontents. Pour des retards par exemple. C’est toujours trop long pour le client. Ça peut déraper, surtout quand je dois faire des « déposes impératives » de branchements provisoires depuis… des années. Dans ce cas, le client n’est pas prévenu avant que j’arrive. Je n’aime pas faire ça. J’arrive et je coupe le courant avant de me préparer à travailler. Ça laisse du temps au client pour réagir, il vient nous voir et on discute. S’il y a un litige, je téléphone au chargé d’affaires d’ENEDIS pour qu’ils s’expliquent. Je fais 4 à 6 branchements par jour, et 80 à 150 kilomètres. J’aime cela, les journées passent plus vite. Mais je trouve les clients moins sympas qu’avant. Peut-être parce que le cout des travaux ne passe plus.

Jour 5 : publication du récit de Jean-Frédéric

« Je sais dire quand il faut refaire et expliquer pourquoi »

Un jour, j’arrive sur le chantier et je vois que le prestataire avait mis le feuillard, le cercle en fer qui entoure le poteau électrique, sur une alvéole du poteau au lieu de le mettre sur une partie plate. C’était dans une propriété privée où il y avait des jouets d’enfant. Je me suis dit que si un petit y mettait le pied, il allait se blesser. Je me suis mis à la place de l’intervenant, c’était plus compliqué de placer le feuillard sur le plat. Mais je lui ai fait refaire quand même. Il n’a pas essayé longtemps de m’expliquer que c’était impossible parce qu’il a compris que je savais le faire. Depuis 10 ans je suis pilote d’affaires chez Enedis, je fais les devis, les programmations, le payement des prestataires, le contrôle des chantiers… Mais avant, j’étais monteur, donc je sais expliquer pourquoi il faut refaire. C’est pareil avec les travaux sous-terrain : il faut un goudron de bonne qualité, qui ne part pas quand on le gratte, un sol bien remblayé et bien damé en dessous. Ça se voit sur l’enrobé. En juillet c’est un peu compliqué, il y a beaucoup de travail : les branchements provisoires du festival d’Avignon et des fêtes votives, les gens qui emménagent, les prestataires qui veulent partir en vacances… Je dois jongler avec tout cela.

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