Les gens du rail racontent leur travail

Vingt récits déjà !

Le 1er mai dernier, la coopérative Dire Le Travail a fait le pari de vous proposer pendant deux mois des récits de travail de gens du rail. Nous l’avons fait parce qu’il nous est apparu que le travail des cheminots était beaucoup trop absent du débat public autour de la réforme de la SNCF. Il nous a semblé important de faire connaitre ce qu’ils font, ce qu’ils vivent, ce qu’ils mettent d’eux pour que les trains circulent, jours et nuits, pour des voyageurs ou pour du fret. Les femmes et les hommes que nous avons interviewés se sont très volontiers prêtés au jeu. Grévistes ou non grévistes, syndiqués ou pas, agents SNCF statutaires ou contractuels, salarié d’une filiale, ils nous ont raconté leur travail. Ce sont des témoignages pris sur le vif au fil des rencontres que nous avons pu faire. Ils n’ont donc pas la prétention de dire la SNCF (150 000 salariés !), mais d’éclairer la manière dont ceux-là vivent et ressentent leur activité professionnelle.

Conducteurs, contrôleurs, guichetiers, aiguilleurs, techniciens de maintenance du réseau, agent d’escale, préparateurs de trains… tous étaient fiers de parler de leur travail. Ils nous ont dit ce qu’ils font avec leurs machines, leurs outils. S’ils ont parfois du mal à se repérer dans l’organisation de l’entreprise, en revanche ils expliquent parfaitement comment leur activité s’articule avec celles des autres. Chacun, de sa place, nous a parlé de la chaine cheminote. Ils nous ont parlé aussi de leurs relations avec les clients, les voyageurs, les usagers… Il se passe beaucoup de choses dans le quotidien d’une gare. Plusieurs disent comment ils concilient plus ou moins bien leur vie professionnelle et leur vie hors travail. À Paris, beaucoup habitent loin, voire très loin de leur lieu de travail.

Dans de grandes gares parisiennes comme dans de petites gares de province, ils nous ont dit leurs trucs de métier, leurs tours de main, ce dont ils sont fiers, surtout quand ils rendent un bon service, mais aussi ce qu’ils n’arrivent pas à faire comme ils le voudraient parce qu’ils n’en ont pas le temps, que les outils tombent en panne ou ne sont pas très adaptés à la réalité du terrain. Ils nous ont presque tous parlé de sécurité, de la manière dont ils se protègent et protègent les voyageurs. Ils décrivent des procédures contraignantes, avec lesquelles tout est tracé, archivé. Mais personne ne les conteste, elles ont du sens pour les personnes qui les appliquent. Quelques-unes ont évoqué leur statut, pour dire qu’il leur permet d’alerter en cas de danger. Leurs propos s’inscrivent plutôt dans la durée, comme dépositaires d’un système de transport forgé par les générations précédentes et responsables de sa pérennité. Mais certains hésitent à poursuivre l’aventure face aux transformations à venir.

Nous avons mis leurs paroles sous forme écrite et validé les récits avec eux avant de les publier. Certains ont signé de leur prénom, d’autres ont choisi un pseudonyme, d’autres encore auraient souhaité participer à ce pari, mais ne se le sont pas autorisé. Comme ce chef de gare, qui aurait bien aimé raconter son quotidien, mais qui n’a pas voulu prendre le risque d’en parler sans l’autorisation préalable de ses supérieurs. Les cadres sont pour le moment absents des récits que nous publions. D’autres grands absents sont à noter comme les personnels administratifs de la SNCF et les salariés des entreprises prestataires, ceux qui nettoient les gares et les trains, interviennent sur les chantiers, approvisionnent et tiennent les wagons-bars… Nous espérons y remédier d’ici fin juin. D’autant que les cheminots rencontrés ont souvent évoqué le travail des entreprises privées, que ce soit sur des chantiers techniques ou dans des activités commerciales.

Cette initiative de production de récits et de publication est strictement bénévole et citoyenne de la part des coopérateurs de Dire le Travail. Nous avons fait de belles rencontres.

Nous avons déjà publié vingt récits. Nous avons en préparation quelques récits de travail à l’escale, à la maintenance, à l’entretien des bâtiments d’une gare, au guichet, à la conduite de TGV… Nous allons continuer jusqu’à fin juin.
Les commentaires que vous inscrivez sur le site, vos tweets sont précieux pour nous. N’hésitez pas à continuer, à dialoguer entre vous dans les commentaires, à nous proposer des interlocuteurs pour contribuer à d’autres récits.

Christine Depigny-Huet, coopérative Dire Le Travail

Les rencontres avec les cheminots, leurs interviews, la mise en récit de leur propos ont été réalisés par Anaïs Jounenc, Christine Depigny-Huet, Jacques Viers, Martine Silberstein, Michel Forestier, Patrice Bride, Pierre Madiot, Roxane Caty-Leslé, Vanessa Lauraire. Christine, Michel, Patrice et Pierre coordonnent le projet.

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