Dire le travail en temps de confinement

« Le télétravail ne coule pas dans les veines d’un sapeur-pompier ! »

Antoine est capitaine de sapeurs-pompiers et chef d’un centre de secours de 90 sapeurs-pompiers dans l’ouest de la France. Il habite en ville avec sa compagne et ses deux jeunes enfants. L’entretien a été réalisé fin avril.

Nous sommes trois cadres officiers dans le centre de secours dans lequel je travaille. En tant que capitaine, j’occupe le poste de chef de centre. Au quotidien, nous sommes garants du bon fonctionnement de la caserne ainsi que des interventions.

Depuis le début du confinement, nous sommes tous les trois majoritairement en télétravail. Nous sommes présents tous les matins à tour de rôle au centre de secours, notamment pour les rassemblements matinaux de 7h30. J’y suis donc une matinée sur trois, samedi et dimanche inclus. Nous assurons ainsi une continuité de présence et nous en profitons pour faire les choses qui sont compliquées à réaliser à distance, se connecter au réseau du SDIS[1] par exemple.

« Le nombre d’interventions […] a diminué de 30 % »

Le centre de secours compte 90 pompiers dont 25 professionnels et 65 volontaires. J’exerce toujours les missions liées à la gestion du centre de secours, sur le plan technique et administratif, mais le reste de mes tâches est allégé. Avec les autres officiers, nous gérons les problèmes RH, les plannings… Nous répondons aux sollicitations internes et externes. Habituellement, chacun de nous participe à des groupes pédagogiques et techniques liées à ses spécialités opérationnelles (feux de forêts, risques technologiques, milieux aquatiques ou gestion opérationnelle et commandement par exemple). Ce n’est plus le cas en ce moment. Les nombreuses formations que nous organisons en temps normal sont annulées. D’habitude, nous intervenons sur des dossiers liés à la prévision et à la sécurité incendie, notamment à cette période de l’année où nous travaillons sur « l’avant-saison ». Nous sommes alors en lien avec les communes pour la préparation des grosses manifestations estivales et leur sécurité (festivals, feux d’artifice…). Nous nous assurons par exemple du respect des règles de sécurité de différents sites en vérifiant les accès pour les secours ainsi que la répartition des poteaux incendie.

Tout comme les évènements, de nombreuses réunions de préparation ont d’abord été repoussées puis annulées. Notre activité est impactée puisque tous les projets sont maintenant en stand-by. Nous en profitons pour traiter ce que nous n’avons pas le temps de faire habituellement, les choses à faire mais non urgentes. Cela passe par des tâches de secrétariat, de mises à jour de procédures internes, de rangement, de tri sur le réseau informatique… Là, nous prenons le temps de le faire !

Avant le confinement, je travaillais de 7h30 à 18h, ce n’est plus le cas aujourd’hui puisque mon activité est réduite. Je partage le quotidien de ceux qui travaillent habituellement de chez eux, comme certains indépendants. Personnellement, ce n’est pas mon truc. Le télétravail ne coule pas dans les veines d’un sapeur-pompier !

Le nombre d’interventions du centre de secours a diminué de 30 % depuis la mise en place du confinement. Il y a beaucoup moins d’accidents de la route, d’accidents de travail, moins de blessures de manière générale, ce qui est logique puisque les gens restent chez eux. Nous faisons des transports de personnes avec suspicion de Covid mais il n’y a pas de saturation des hôpitaux comme en Ile-de-France ou dans l’Est du pays. A l’heure actuelle, la Bretagne, les Pays de la Loire et la Nouvelle Aquitaine ont globalement été peu touchés. Il n’y a pas eu de vagues épidémiologiques élevées dans l’ouest.

« La caserne paraît grande pour peu de monde »

Avec le confinement, les passages à la caserne sont moins nombreux. Les pompiers volontaires n’assurent plus physiquement leur garde au sein de la caserne mais viennent uniquement pour les départs en intervention. Auparavant, une garde était composée de sept personnes en journée et six la nuit. Dorénavant, nous fonctionnons avec un effectif minimum pour les gardes comptant quatre pompiers en journée et trois la nuit. La caserne paraît grande pour peu de monde.

Nous nous sommes réorganisés avec notamment la mise en place des mesures barrières. Le nettoyage de la caserne n’est non plus réalisé une fois par jour, mais trois fois par jour. Il n’y a plus de manœuvres incluant des contacts physiques. Le sport se fait de manière isolée et non plus en groupe. Il n’y a actuellement plus beaucoup de projets internes dans les centres de secours. Les travaux prévus dans la caserne ont par exemple été stoppés.

Pour garder le contact au niveau de l’encadrement du centre, nous faisons une visio WhatsApp chaque soir entre officiers. Chacun mentionne ce sur quoi il a travaillé pendant la journée et nous échangeons sur certains dossiers avant de donner notre avis aux agents. Tout le groupe des sapeurs-pompiers est soudé, nous nous faisons confiance au quotidien. Cela fait entièrement partie de nos métiers de pompiers.

« Le cœur de métier n’existe plus vraiment avec le télétravail »

Le poste de chef de centre de secours est avant tout un poste de proximité. Je dois être en contact avec les équipes. Le cœur de métier n’existe plus vraiment avec le confinement et le télétravail. Même si j’encadre toujours le personnel de garde, on est loin du métier en étant officier de centre à la maison…

Concernant mes conditions de travail pendant le confinement, c’est forcément compliqué avec deux jeunes enfants à la maison. Je m’installe sur la table de la salle à manger et les enfants sont souvent à proximité. Ma compagne s’installe soit à côté de moi, soit dans la chambre de notre fille pour être plus tranquille ou lorsqu’elle fait des visios. Nous n’avons pas d’espace bureau à la maison car jusqu’à maintenant nous n’en avions pas l’utilité. Nous nous rendons disponibles à tour de rôle pour les enfants. Par exemple, lorsque je suis au centre de secours le matin, je m’occupe des enfants l’après-midi. Souvent, en matinée, nous faisons les devoirs avec l’aîné et les activités transmises par l’école avec la cadette. L’après-midi, ce sont plutôt des activités de découverte, dans le jardin si possible (la recherche de bourdons et d’abeilles par exemple !). Il faut trouver de quoi les occuper de 7h du matin à 20h le soir. Le télétravail nous demande donc beaucoup d’adaptation au quotidien, entre le travail en lui-même et la vie de famille.

Antoine, capitaine de sapeurs-pompiers
Propos recueillis et mis en récit par Clarisse Champin


[1]    Service Départemental d’Incendie et de Secours

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