Journal d’une bedworkeuse

Journal d’une bedworkeuse – épisode 2

Samedi 14 mars

J’ai rendez-vous ce samedi-là avec une de mes « clientes ». Ce mot est inconfortable pour moi, car la dimension commerciale de mon récent statut d’autoentrepreneur est nouvelle et je peine à l’appréhender. Bref, ce samedi je dois retrouver à son domicile, et pour la deuxième fois, une vieille dame de 91 ans qui désire raconter ses souvenirs à ses dix petits-enfants. Comme elle fait partie des populations les plus vulnérables, va-t-elle annuler notre rendez-vous ? Pas de coup de téléphone, je monte dans ma voiture.

Non seulement elle n’annule pas notre séance de travail, mais elle m’annonce qu’elle part lundi matin chez une de ses petites-filles à Brest. Lorsque celle-ci lui a fait part de son inquiétude, elle a haussé les épaules…

Nous convenons à l’issue de la séance que lorsque j’aurai complété l’écriture de son récit, je lui en imprimerai une version intermédiaire que je déposerai chez elle ou dans sa boite aux lettres en son absence. Première entrave à mes engagements : bien qu’ayant terminé la phase de rédaction seulement vingt-quatre heures plus tard, je constaterai le lundi matin que toutes les boutiques dédiées à l’impression de documents ont déjà fermé leurs portes.

Je cherche alors des magasins qui proposent ce service en ligne, mais les frais de port pour faire expédier le manuscrit à ma cliente sont parfois plus élevés que l’impression elle-même. De plus, je ne peux pas joindre la vieille dame pour demander son avis sur cette solution, car elle est censée se trouver en Bretagne.

Afin de réduire le cout, je m’échine à réduire le texte. À bas les citations en exergue, les titres des parties, la table des recettes. Ah oui, j’ai oublié de vous dire que j’ai proposé à ma cliente d’appeler son récit Recettes de grand-mère et de faire de la cuisine le champ lexical de l’ouvrage.

Lorsque je rentre ce soir-là, j’apprends que nos voisins viendront le lendemain prendre l’apéritif. L’épouse a plus de 70 ans et suit scrupuleusement les consignes, mais elle fera l’effort de nous rendre visite. En revanche, elle nous dira à cette occasion qu’elle renonce à notre déplacement commun, prévu en avril.

Corinne Le Bars, écrivain public et biographe

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